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Carnets d'Afrique raid humanitaire

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Écrit par BELLE-CROIX   
Index de l'article
Carnets d'Afrique raid humanitaire
Première étape
Tan Tan
Saint Louis
Dakar
Epilogue

A 14 heures nous posons à Tan-Tan. L’aéroport qui assure le soutien logistique de la transhumance mécanique qu’est le Paris Dakar est vide. Ce jour là, personne sauf quelques militaires pour assurer la permanence et nous animons pour eux la journée de notre arrivée. Le chef de l’armée locale nous accueille sur le tarmac d’un tajine sortit d’un conte de fée servit avec un thé bouillant. Nos hésitations à repartir – faute au vent – nous obligent à passer la nuit sur place. Le chef militaire devient le guide d’une nuit et parade fièrement dans le souk avec ses visiteurs lointains. de retour à l’hôtel l’étape suivante pèse dans mon esprit. Il faut joindre Dakhla en une seule étape, sans ravitaillement et avec les mêmes contraintes que la veille. L’idée ne m’enchante pas, mais le S7 manquant d’automie, nous oblige à couper de 300 Km dans le désert.

ImageLe lendemain c’est un vent du nord qui nous accompagne. L’étape est longue mais avec un vent favorable mes inquiétudes réduisent à mesure que mon GPS s’emballe. Je cherche le meilleur niveau de vol et m’oblige à suivre l’isobare salvatrice. Dakhla est une ville isolée à l’extrémité d’une péninsule longue de 70 km. Un Vent violent balaye la piste. Les rafales dépassent 40 kt. Vincent pose en premier, le A22 descend comme un ascenseur. Je prends la finale derrière lui, le S7 descend doucement, presque à la verticale et menace de s’écarter violement de l’axe de piste. Je pose sur moins de 10 mètres et entame un roulage très réglementaire. Dés que je passe vent de travers, la machine m’oblige à l’absurde. J’accélère pour avancer et je freine pied droit pour limiter l’effet girouette. Le S7 titube sur la ligne jaune et se ridiculise de cette danse. Finalement Vincent accompagnés d’agent au sol me fait signe de stopper. Hélice en croix, nous parcourrons les 300 mètres manquants en une dizaine de minute. (pour ceux qui n’auraient pas compris, on pousse l’ULM)

Nous repartons le lendemain matin avec une organisation rodée. Philippe aménage le S7 pendant que je fais la visite prévol. Tout est en ordre ou presque. Le « ou presque » sera ma tolérance africaine pendant le voyage. Si vous lisez ces lignes c’est que le « ou presque » n’aura pas pesé dans la sécurité de mon équipage. Je dépose le plan de vol du jour après un briefing MTO souvent produit par les autorités militaires. Aujourd’hui une importante couverture nuageuse nous limite le plafond. La couche semble fine car elle diffuse une luminosité surnaturelle. Parmi les nuages, des « doigts de dieux » percent la couche et irradie l’étendue sableuse. On pourrait presque sinuer entre eux. Je décide de me faufiler dans l’un deux moyennant un interminable virage faiblement cabré. Je repense à la dégradation de la portance avec l’inclinaison et sauf à me pencher sur l’aile, je visualise sans difficulté les vecteurs qui me gouvernent alors que le S7 se stabilise. Après 3 ou 4 minutes interminables, les ailes de l’oiseau jaune et blanc frôlent le coton vaporeux et se nimbent d’une blancheur extrême. Nous volons près d’une heure ainsi. Notre isolement dans ce ciel paisible nous invite à un voyage intérieur. C’est la VHF qui nous éveille, Vincent avec qui le contact radio est permanent me confirme régulièrement sa position et l’état du plafond. A mesure que nous avançons des trouées opportunes se présentent. J’engage une spirale et rejoint les ténèbres. La visibilité est faible, les couleurs sont presque du même ton, la dune renvoi au nuage un jaune terne  et sombre. Les photos prises ce jour sont un véritable gâchis et sèment le doute dans nos esprits. « Si la MTO s’en mêle nous courrons à la catastrophe », ce sera la conclusion de notre débriefing à Nouadhibou.


 
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